Introduction
Histoire du jeu pédagogique -
Écrit par Caroline Ricard   

Alors que le XVIIIème voit Jean-Jacques Rousseau placer l'enfant au centre du système éducatif et que la pédagogie prend son essort, le jeu pédagogique est l'affaire de pédagogues moins connus tels que M. de Vallange ou Madame de Genlis.

On ne peut évoquer la pédagogie au XVIIIème siècle sans parler de Jean-Jacques Rousseau et de son ouvrage majeur, L’Emile, ou de l’Education, publié en 1762. Le philosophe genevois opéra une véritable « révolution copernicienne » en plaçant l’enfant au centre du système éducatif. Prônant une attention toute particulière aux aspirations naturelles de l’enfant, il demande à l’éducateur d’accompagner celles-ci, et non de les contraindre sous le joug du parfait chrétien ou du parfait citoyen.

Si le jeu est une activité spontanée et naturelle, présente dans toutes les sociétés depuis la nuit des temps, alors il serait légitime de  penser que le jeu pédagogique avait une place privilégiée chez Rousseau. Et bien pas du tout ! Et c’est vers des pédagogues beaucoup moins connus (tels que M. de Vallange ou Madame de Genlis ) qu’il faut se tourner pour découvrir une véritable réflexion autour du jeu comme outil pédagogique.
Contradiction ?... Essayons de comprendre…

 

L’éducation : sujet à la mode au XVIIIème

Rousseau n’est pas arrivé tel une comète dans la réflexion pédagogique du XVIIIème siècle. Des penseurs et philosophes tels que Montaigne , Locke , Fénelon , Fleury , Rollin , ou encore les penseurs de Port-Royal , avaient préparé le terrain au siècle précédent en plaçant la pédagogie au cœur des préoccupations philosophiques.

Le XVIIIème  prolonge et intensifie cette réflexion, et l’éducation devient le sujet à la mode en ce siècle des Lumières et de la Raison. Les médecins prônent les vertus de l’allaitement, les moralistes conseillent aux mères de se consacrer à l’éducation de leurs enfants, tandis que l’on assiste à la création « d’asiles »  (ancêtres des classes maternelles) pour garder ceux dont les mères travaillent.

Il y a comme une urgence à éduquer et instruire, afin de former des citoyens libres et responsables, capables de connaître et maîtriser le monde. L’idée d’une « école pour tous » commence à faire son chemin (plan Condorcet de 1792), et les effectifs augmentent de 25% dans les écoles françaises.

La pédagogie selon Jean-Jacques Rousseau : quelle place pour le jeu ?

 


Jean-Jacques ROUSSEAU

Ecrivain et philosophe genevois (1712-1778), il pense que l’Homme est naturellement bon, et que c’est la société qui le corrompt. La nécessité d’écouter son penchant naturel est affirmée dans toute son œuvre (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes – 1755, Julie, ou la Nouvelle Héloïse – 1761, pour ne citer que les plus connus).

Il préconise une organisation politique basée sur un Contrat Social (1762), pour que l’opinion de chaque citoyen soit prise en compte. Sa pensée pédagogique est exposée dans L’Emile, ou de l’éducation (1762).
Rousseau est également musicien, et auteur d’un Dictionnaire de la musique (1767).


M. de VALLANGE

Ecrivain pédagogique français, né vers 1660. Il passe huit années à la cour en tant que gouverneur et propose une réforme complète de l’éducation visant à l’ouvrir à toutes les catégories sociales. Les enfants seraient néanmoins répartis dans différents établissements, en fonction de leur âge et de leur origine.

Vallange a beaucoup fait avancer la réflexion sur les aides à l’apprentissage, et l’utilisation du jeu en pédagogie.


Madame de GENLIS

Félicité-Stéphanie du Crest de Saint-Aubin (1746-1830), gouverneur à la Cour, et écrivain pédagogique. Elle est marquée dès l’enfance par la richesse de l’éducation qu’elle reçoit de sa mère : lecture, musique, théâtre, danse.

Son mari meurt sur l’échafaud et elle connaît l’exil sous la Révolution. Mais en 1812, l’Empereur la nomme Inspectrice des Ecoles Primaires.

Son œuvre est essentiellement consacrée à la pédagogie : Leçons d’une gouvernante à ses élèves (1791), Projet d’une école rurale pour l’éducation des filles (1801), Mémoires inédits sur le XVIIIème siècle et la révolution française (1825).


MONTAIGNE

Michel de Montaigne, philosophe humaniste et moraliste français de la Renaissance (1533-1592). Il est l’auteur d’un livre unique, Les Essais, publié après sa mort, en 1595.

« Enseigner, ce n’est pas remplir un vase, mais allumer un feu. »


LOCKE

John Locke, philosophe, humaniste et médecin anglais (1632-1704).

Sa méthode scientifique se base sur l’expérience. Il est le théoricien du libéralisme politique. Il exerce pendant quelques années en tant que précepteur dans des familles aristocratiques, ce qui lui inspire ses Pensées sur l’éducation (1693).

« Je crois pouvoir dire que les neuf dixièmes des hommes que nous connaissons, sont ce qu'ils sont, bons ou mauvais, utiles ou nuisibles, par l'effet de leur éducation. »


FENELON

Ecrivain et pédagogue français (1651-1715). Il défend une pédagogie attrayante et déclare « Laissez donc jouer un enfant et mêlez l’instruction avec le jeu » (Traité de l’éducation des filles  - 1687).



FLEURY

Abbé Claude Fleury, historien de l’Eglise et pédagogue français (1640-1723). Il s’oppose au caractère trop abstrait des études et à la place dominante du latin. Il préconise un changement radical de méthode pour « séduire » l’enfant et captiver son intelligence.

 Du choix et de la méthode des études (1685).


ROLLIN

Charles Rollin, orateur, historien et pédagogue français (1661-1741). Ardent défenseur le l’instruction publique. Il pratique une éducation basée sur le divertissement, et cherche à éveiller l’intelligence des enfants par une variété d’exercices.

Traité des études (1726).


PORT-ROYAL

« Petites écoles de Port-Royal » : nom donné aux classes à effectifs très restreints, créées à l’initiative de l’abbé de Saint-Cyran, où les enfants recevaient une éducation complète. Ce fut l’une des premières tentatives pour centrer l’éducation sur l’enfant. Le roi ordonna leur fermeture en 1656.

 


CONDORCET

Jean-Antoine-Nicolas, Marquis de Condorcet, philosophe, mathématicien et homme politique français (1743-1794).
Son plan de réforme de l’instruction publique ne fut pas adopté par l’Assemblée, mais ses idées de laïcité, gratuité, universalité et obligation furent reprises au siècle suivant.